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Le métropolite Jean de Pergame pour le dialogue avec l’Église catholique
Interviewé par Aristides Viketos pour le compte de l’APA-APM (Agence de presse athénienne et macédonienne)
«Nous tous qui participons aux dialogues, nous rendons témoignage de l’orthodoxie avec franc-parler dans cette tâche difficile », souligne Mgr Jean, métropolite de Pergame lors de son interview exclusif à l’APA-APM, à l’occasion de la 11ème rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et catholique.
Le métropolite Jean de Pergame, délégué du Patriarcat oecuménique coprésident de la commission en question du coté orthodoxe, est compté parmi les théologiens orthodoxes les plus connus au niveau international et a tenu auparavant la présidence de l’Académie d’ Athènes.
Lors de son entretien exclusif à l’APA-APM, le métropolite affirme entre d’autres:
- Tous ceux qui ne désirent pas le dialogue s’opposent en fait à la volonté commune de toutes les Églises orthodoxes, et par conséquent il est injuste qu’ils attaquent le Patriarcat oecuménique.
- Le dialogue théologique entre l’orthodoxie et le catholicisme est le plus important de tous les dialogues entrepris officiellement par l’Église orthodoxe
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avec les hétérodoxes, « mais, en même temps, le plus tourmenté par certains milieux ».
- Quand nous interrogeons dans le cadre de ce dialogue le sujet de la primauté de l’évêque de Rome, il s’agit d’examiner une différence dogmatique.
- Le texte de Ravenne ne cède à quoi que ce soit par rapport à ce qui était en vigueur pendant le premier millénaire de l’Église indivisible, tout en revanche ce texte adopte les principes de base de l’ecclésiologie de cette période justement.
Le texte de l’interview exclusif du métropolite de Pergame à l’APA-APM est le suivant:
Q: Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer comment se déroule le dialogue ?
R: Je vais, en premier lieu, vous signaler que le dialogue se déroule avec la décision unanime de toutes les Églises orthodoxes. Il est injuste et erroné d’attaquer le Patriarcat oecuménique ou ma personne à partir du moment où les comptes rendus signés par les primats de toutes les Églises orthodoxes prônent la continuation de ce dialogue. Le Patriarcat oecuménique n’a qu’un rôle de coordination comme c’est le cas dans toutes les affaires entre-orthodoxes et moi, humblement, comme les autres membres de la Commission nous exécutons à notre conscience l’instruction de nos Eglises. Nous sommes, bien entendu, prêts à accepter toute critique sur la justesse de notre action puisque nous ne sommes pas infaillibles (comme ils ne le sont non plus ceux qui nous jugent bien évidement) Cependant, être jugé sur le fait de la seule participation au dialogue est pour le moins injuste. Tous ceux qui n’aiment pas le dialogue s’opposent vraiment à la volonté commune de toutes les Eglises orthodoxes et, par conséquent, ils s’attaquent à tort contre le Patriarcat oecuménique ou contre nous
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tous qui assumons avec beaucoup de difficulté la tâche délicate et souvent déplaisante que nos Eglises nous ont assignée.
Q : Une des critiques qu’on vous adresse est le sujet principal du dialogue. Même la sainte communauté du Mont Athos vous a récemment reproché le fait que le dialogue traite actuellement de la question de la primauté.
R: Même à ce point, il y a une désinformation incomplète. Ce n’est pas nous qui ont choisi le sujet du dialogue. Ceci a été décidé au niveau panorthodoxe. Avant de me charger de la coprésidence du dialogue, j’ai d’abord assuré l’accord écrit de toutes les Eglises orthodoxes sur le traitement de la question de la primauté lors de cette phase. Je respecte et j’honore la sensibilité des pères du Mont Athos sur les questions de foi. Mais pourquoi ont-ils à la monopoliser ? Les primats des Eglises orthodoxes ne font-ils pas preuve de la même sensibilité ? Les moines, comme tous les fidèles, ont bien évidement le droit et le devoir d’exprimer leur opinion. Mais les opinions de nous tous sont au final assujetties au jugement des saints synodes.
Dans le cas en question je crois humblement (et non infailliblement) que les pères athonites (qui ne se considèrent pas, j’en suis certain, comme des infaillibles) n’ont pas raison. La question de la primauté est un problème ecclésiologique (comme l’est toute question de structure canonique et d’administration de l’Église). Et l’ecclésiologie fait partie de la dogmatique, est donc une question de foi. Quand nous examinons cette question dans ce dialogue, nous examinons en conséquence, une différence dogmatique. Il n’y a ici aucune autre intention de ne pas aborder d’autres questions comme le filioque etc. Mais notre expérience par d’autres dialogues théologiques (avec les préchalcédoniens, les vieux-catholiques etc.) nous a montré qu’un accord sur d’autres questions dogmatiques ne sert à rien si il n’y pas une concordance sur
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les sujets fondamentaux de l’ecclésiologie. En ce qui concerne les relations entre orthodoxes et catholiques, au juste, c’est la question de la primauté qui a joué le rôle le plus tragique et qui a crée des problèmes majeurs (les croisades, l’uniatisme etc.) Comment peut-on croire que ce problème sérieux n’est que secondaire ? Je suis vraiment surpris de cette position des pères athonites. Ils se réfèrent à la conciliarité comme une condition préalable, mais c’est cette conciliarité justement que nous estimons nous aussi comme une condition préalable de la primauté. C’est la position que nous avons soutenu nous les orthodoxes à Ravenne et elle a été retenue.
Q: Le texte de Ravenne a été fortement critiqué par ces mêmes milieux. Pourquoi ?
R: Je crois que ce texte n’a pas été étudié minutieusement ou de bonne foi par ceux qui le réprimande. Il y a deux points importants de ce texte qui suffisent à démontrer combien il devrait se considérer satisfaisant du coté orthodoxe. En premier lieu, il a été convenu que la primauté ne peut pas être conçue hors du cadre de la conciliarité à tous les niveaux de sa pratique. C’est ceci que l’Église orthodoxe soutient et pratique sous le 34ème canon des apôtres. Nous les orthodoxes, nous avons aussi des « primats », mais ils n’ont pas l’autorité de décider sans le synode, ni le synode sans eux. Ceci est l’esprit du canon susmentionné. Et il a été accepté à Ravenne même si il n’est pas conforme au sens se la primauté monarchique.
En deuxième lieu, la primauté de Rome est liée à sa position à la Pentarchie des patriarches. C’était le cas du premier millénaire et cela devrait rester ainsi si les autres conditions, qui existaient pendant le premier millénaire, reprennent aussi (foi commune etc.) Où se trouve alors la « trahison » ? Ce n’est pas de la même façon qu’aurait pensé tout orthodoxe honnête ? Nous devons tous, je pense,
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admettre que si le pape s’accorde à la foi et la structure canonique du premier millénaire nous serions heureux. En conséquence, quand nous examinons aujourd’hui cette question, nous étudions une différence dogmatique.
Le texte de Ravenne fait un pas vers cette direction. Il ne cède à rien de tout ce qui était en vigueur lors du premier millénaire, bien au contraire, il adopte les principes fondamentaux de l’ecclésiologie de cette période.
Q: Il en existe des chrétiens orthodoxes qui pensent que tout est cédé au pape avec ce dialogue. Quel commentaire faites-vous en deux mots sur la « Confession de la foi » ?
R: Mais en quoi si quelqu’un entreprend un dialogue, il cède ? Quels sont ces exemples qui montreraient que le dialogue nous amène à une « cession » ? (…) Nous tous qui participons à ces dialogues nous témoignons de l’orthodoxie avec un franc-parler et beaucoup d’efforts. Et c’est pour cela justement que nous renonçons en aversion comme une calomnie impudente toute contestation non fondée de notre conviction orthodoxe. Concernant maintenant la « Confession », je vous invite à vous référer à la lettre sur ce sujet adressée par le patriarche oecuménique à l’archevêque d’Athènes. Tout y est dit.
Q: Comment est-ce que vous confrontez le problème de l’uniatisme dans le cadre du dialogue ?
R: Le problème de l’uniatisme constitue toujours une question très importante pour les orthodoxes.
De très longues conversations ont été tenues sur ce sujet dans le cadre du dialogue. Il a été convenu que l’uniatisme ne doit pas être considéré comme un « exemple » d’union ni doit-il être utilisé comme un moyen de prosélytisme.
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Les orthodoxes insistent sur ces deux points, mais ils posent aussi la question de la position ecclésiologique de l’uniatisme.
Ce sujet sera examiné aussi, mais seulement quand le dialogue se concentrera sur le deuxième millénaire ; quand le problème a surgi pour la première fois.
Q: Est-il vrai que l’oecuménisme constitue une hérésie et qu’il est parmi les reproches attribués au Patriarcat oecuménique ?
R: Pour attribuer à un mouvement la caractéristique de l’hérésie il faut qu’il soit clairement dérapé des dogmes promulguées par les Pères et décrétés par les conciles oecuméniques. Je ne connais aucun orthodoxe qui a renoncé ou a altéré ces dogmes dans le cadre du mouvement oecuménique. Le seul fait de dialoguer avec ceux qui renoncent à ces dogmes ne fait pas de lui un « hérétique », d’autant plus quand il soutient ces dogmes avec le dialogue.
Q: Comment jugez-vous la position des autres Eglises orthodoxes, de Chypre, de la Russie et de la Grèce en particulier en matière du dialogue théologique en cours ?
R. Toutes les Eglises orthodoxes participent à ce dialogue avec leurs délégués. Ce qui prouve encore une fois qu’il s’agit d’une volonté panorthodoxe. L’Église de Chypre, non seulement participe aux opérations, mais elle a accepté de toute gentillesse de recevoir toute la Commission et nous tenons à remercier pour ceci Son Éminence l’archevêque de Chypre Mgr Chrysostome et le Saint Synode de l’Église de Chypre. L’Église de la Russie participe aussi activement, à l’exception de la rencontre de Ravenne d’où elle s’est retirée à cause de la participation de l’Église d’Estonie qu’elle ne reconnait pas officiellement comme autonome. Cette matière a déjà été réglée et nous sommes en attente du rétablissement de sa participation complète. L’Église de Grèce n’a manqué aucune assemblée de la Commission non plus. Tous les textes du dialogue sont
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le fruit de la contribution de tous les représentants orthodoxes et non pas les textes personnels de qui que ce soit.
Q: Quelle est l’importance de l’assemblée de la Commission mixte internationale à Chypre et quelles sont les matières qu’elle va toucher ?
R: Nous allons reprendre la discussion autour de la primauté du premier millénaire. Quelle était la position de Rome dans l’Église avant le schisme ? C’est une question fondamentale et décisive.
Q: Qu’est-ce qu’il faut faire pour que les orthodoxes aient l’image et l’information correctes sur le parcours de ce dialogue ?
R: Ce qui est nécessaire et qui ne se fait malheureusement pas est que les textes du dialogue soient transmis par les délégués de chaque Église à leurs synodes et après une première évaluation qu’ils soient transmis par la suite au public. Le dialogue n’a absolument rien à cacher comme certains le pensent avec malveillance. Les rumeurs concernant la « signature » de l’union sont ridicules. Premièrement, parce que la Commission du dialogue n’a pas une telle autorité, ce n’est qu’un organe consultatif et, deuxièmement, parce qu’il reste encore tellement de questions à aborder et la voie est très longue. Ils n’ont pas à s’inquiéter alors ces malveillants ! L’union ne va pas être signée à Chypre non plus !
Q: Est-ce qu’on encourt un risque de schisme en Grèce ou dans d’autres Eglises orthodoxes à cause des désaccords envers ce dialogue ?
R: J’espère que non. Mais si cette désinformation et ces mensonges continuent, sur une soi-disant « union » imminente et notre cession éventuelle au pape ( !) le grain de la division trouvera un sol où pousser. La responsabilité de tous ceux qui diffusent ces mensonges est immense.
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Q: Quelles sont vos attentes de ce dialogue ?
R: C’est Dieu qui dirige l’histoire. Tous ceux qui proclament que l’union de l’Église est impossible, ils s’approprient le futur des mains de Dieu. Qui sommes-nous pour préjuger du futur ? Nous, nous sommes appelés à travailler sans aucune défaillance envers la foi qui nous a été léguée pour accomplir la prière quotidienne « pour l’union de nous tous ». Si nous ne le faisons pas ou si nous le faisons au détriment de la foi de nos Pères, nous sommes redevables devant Dieu. Mais l’aboutissement final de nos efforts reste dans les mains de Dieu. Il va trouver le moyen pour que Sa volonté règne « que tous soient un » («ίνα πάντες εν ώσι») (Jean 17, 11). Nous, nous sommes obligés d’oeuvrer pour ceci.
Traduit du grec pour Orthodoxie.com
Source : Amen.gr
Cu ocazia celei de 11-a reuniuni a Comisiei mixte de dialogue intre Biserica Romano Catoloca si Biserica Ortodoxa din Cipru, Mitropolitul Ioannis Zizioulas a fost intervievat de Agentia de Presa Ateniana si Macedoniana (APA-APM) cu privire la dialogului cu catolicii, la intalnirea de la Ravenna (2007) precum si asupra recentei “Marturisiri de credinta”. In ceea ce urmeza prezentam o traducere in Francea a textului grec preluat de la http://orthodoxie.typepad.com/ficher/dialogue.pdf.

«Nous tous qui participons aux dialogues, nous rendons témoignage de l’orthodoxie avec franc-parler dans cette tâche difficile », souligne Mgr Jean, métropolite de Pergame lors de son interview exclusif à l’APA-APM, à l’occasion de la 11ème rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et catholique.
Le métropolite Jean de Pergame, délégué du Patriarcat oecuménique coprésident de la commission en question du coté orthodoxe, est compté parmi les théologiens orthodoxes les plus connus au niveau international et a tenu auparavant la présidence de l’Académie d’ Athènes.
Lors de son entretien exclusif à l’APA-APM, le métropolite affirme entre d’autres:
- Tous ceux qui ne désirent pas le dialogue s’opposent en fait à la volonté commune de toutes les Églises orthodoxes, et par conséquent il est injuste qu’ils attaquent le Patriarcat oecuménique.
- Le dialogue théologique entre l’orthodoxie et le catholicisme est le plus important de tous les dialogues entrepris officiellement par l’Église orthodoxe
avec les hétérodoxes, « mais, en même temps, le plus tourmenté par certains milieux ».
- Quand nous interrogeons dans le cadre de ce dialogue le sujet de la primauté de l’évêque de Rome, il s’agit d’examiner une différence dogmatique.
- Le texte de Ravenne ne cède à quoi que ce soit par rapport à ce qui était en vigueur pendant le premier millénaire de l’Église indivisible, tout en revanche ce texte adopte les principes de base de l’ecclésiologie de cette période justement.
Le texte de l’interview exclusif du métropolite de Pergame à l’APA-APM est le suivant:
Q: Tout d’abord, pouvez-vous nous expliquer comment se déroule le dialogue ?
R: Je vais, en premier lieu, vous signaler que le dialogue se déroule avec la décision unanime de toutes les Églises orthodoxes. Il est injuste et erroné d’attaquer le Patriarcat oecuménique ou ma personne à partir du moment où les comptes rendus signés par les primats de toutes les Églises orthodoxes prônent la continuation de ce dialogue. Le Patriarcat oecuménique n’a qu’un rôle de coordination comme c’est le cas dans toutes les affaires entre-orthodoxes et moi, humblement, comme les autres membres de la Commission nous exécutons à notre conscience l’instruction de nos Eglises. Nous sommes, bien entendu, prêts à accepter toute critique sur la justesse de notre action puisque nous ne sommes pas infaillibles (comme ils ne le sont non plus ceux qui nous jugent bien évidement) Cependant, être jugé sur le fait de la seule participation au dialogue est pour le moins injuste. Tous ceux qui n’aiment pas le dialogue s’opposent vraiment à la volonté commune de toutes les Eglises orthodoxes et, par conséquent, ils s’attaquent à tort contre le Patriarcat oecuménique ou contre nous tous qui assumons avec beaucoup de difficulté la tâche délicate et souvent déplaisante que nos Eglises nous ont assignée.
Q : Une des critiques qu’on vous adresse est le sujet principal du dialogue. Même la sainte communauté du Mont Athos vous a récemment reproché le fait que le dialogue traite actuellement de la question de la primauté.
R: Même à ce point, il y a une désinformation incomplète. Ce n’est pas nous qui ont choisi le sujet du dialogue. Ceci a été décidé au niveau panorthodoxe. Avant de me charger de la coprésidence du dialogue, j’ai d’abord assuré l’accord écrit de toutes les Eglises orthodoxes sur le traitement de la question de la primauté lors de cette phase. Je respecte et j’honore la sensibilité des pères du Mont Athos sur les questions de foi. Mais pourquoi ont-ils à la monopoliser ? Les primats des Eglises orthodoxes ne font-ils pas preuve de la même sensibilité ? Les moines, comme tous les fidèles, ont bien évidement le droit et le devoir d’exprimer leur opinion. Mais les opinions de nous tous sont au final assujetties au jugement des saints synodes.
Dans le cas en question je crois humblement (et non infailliblement) que les pères athonites (qui ne se considèrent pas, j’en suis certain, comme des infaillibles) n’ont pas raison. La question de la primauté est un problème ecclésiologique (comme l’est toute question de structure canonique et d’administration de l’Église). Et l’ecclésiologie fait partie de la dogmatique, est donc une question de foi. Quand nous examinons cette question dans ce dialogue, nous examinons en conséquence, une différence dogmatique. Il n’y a ici aucune autre intention de ne pas aborder d’autres questions comme le filioque etc. Mais notre expérience par d’autres dialogues théologiques (avec les préchalcédoniens, les vieux-catholiques etc.) nous a montré qu’un accord sur d’autres questions dogmatiques ne sert à rien si il n’y pas une concordance sur les sujets fondamentaux de l’ecclésiologie. En ce qui concerne les relations entre orthodoxes et catholiques, au juste, c’est la question de la primauté qui a joué le rôle le plus tragique et qui a crée des problèmes majeurs (les croisades, l’uniatisme etc.) Comment peut-on croire que ce problème sérieux n’est que secondaire ? Je suis vraiment surpris de cette position des pères athonites. Ils se réfèrent à la conciliarité comme une condition préalable, mais c’est cette conciliarité justement que nous estimons nous aussi comme une condition préalable de la primauté. C’est la position que nous avons soutenu nous les orthodoxes à Ravenne et elle a été retenue.
Q: Le texte de Ravenne a été fortement critiqué par ces mêmes milieux. Pourquoi ?
R: Je crois que ce texte n’a pas été étudié minutieusement ou de bonne foi par ceux qui le réprimande. Il y a deux points importants de ce texte qui suffisent à démontrer combien il devrait se considérer satisfaisant du coté orthodoxe. En premier lieu, il a été convenu que la primauté ne peut pas être conçue hors du cadre de la conciliarité à tous les niveaux de sa pratique. C’est ceci que l’Église orthodoxe soutient et pratique sous le 34ème canon des apôtres. Nous les orthodoxes, nous avons aussi des « primats », mais ils n’ont pas l’autorité de décider sans le synode, ni le synode sans eux. Ceci est l’esprit du canon susmentionné. Et il a été accepté à Ravenne même si il n’est pas conforme au sens se la primauté monarchique.
En deuxième lieu, la primauté de Rome est liée à sa position à la Pentarchie des patriarches. C’était le cas du premier millénaire et cela devrait rester ainsi si les autres conditions, qui existaient pendant le premier millénaire, reprennent aussi (foi commune etc.) Où se trouve alors la « trahison » ? Ce n’est pas de la même façon qu’aurait pensé tout orthodoxe honnête ? Nous devons tous, je pense, admettre que si le pape s’accorde à la foi et la structure canonique du premier millénaire nous serions heureux. En conséquence, quand nous examinons aujourd’hui cette question, nous étudions une différence dogmatique.
Le texte de Ravenne fait un pas vers cette direction. Il ne cède à rien de tout ce qui était en vigueur lors du premier millénaire, bien au contraire, il adopte les principes fondamentaux de l’ecclésiologie de cette période.
Q: Il en existe des chrétiens orthodoxes qui pensent que tout est cédé au pape avec ce dialogue. Quel commentaire faites-vous en deux mots sur la « Confession de la foi » ?
R: Mais en quoi si quelqu’un entreprend un dialogue, il cède ? Quels sont ces exemples qui montreraient que le dialogue nous amène à une « cession » ? (…) Nous tous qui participons à ces dialogues nous témoignons de l’orthodoxie avec un franc-parler et beaucoup d’efforts. Et c’est pour cela justement que nous renonçons en aversion comme une calomnie impudente toute contestation non fondée de notre conviction orthodoxe. Concernant maintenant la « Confession », je vous invite à vous référer à la lettre sur ce sujet adressée par le patriarche oecuménique à l’archevêque d’Athènes. Tout y est dit.
Q: Comment est-ce que vous confrontez le problème de l’uniatisme dans le cadre du dialogue ?
R: Le problème de l’uniatisme constitue toujours une question très importante pour les orthodoxes.
De très longues conversations ont été tenues sur ce sujet dans le cadre du dialogue. Il a été convenu que l’uniatisme ne doit pas être considéré comme un « exemple » d’union ni doit-il être utilisé comme un moyen de prosélytisme.
Les orthodoxes insistent sur ces deux points, mais ils posent aussi la question de la position ecclésiologique de l’uniatisme.
Ce sujet sera examiné aussi, mais seulement quand le dialogue se concentrera sur le deuxième millénaire ; quand le problème a surgi pour la première fois.
Q: Est-il vrai que l’oecuménisme constitue une hérésie et qu’il est parmi les reproches attribués au Patriarcat oecuménique ?
R: Pour attribuer à un mouvement la caractéristique de l’hérésie il faut qu’il soit clairement dérapé des dogmes promulguées par les Pères et décrétés par les conciles oecuméniques. Je ne connais aucun orthodoxe qui a renoncé ou a altéré ces dogmes dans le cadre du mouvement oecuménique. Le seul fait de dialoguer avec ceux qui renoncent à ces dogmes ne fait pas de lui un « hérétique », d’autant plus quand il soutient ces dogmes avec le dialogue.
Q: Comment jugez-vous la position des autres Eglises orthodoxes, de Chypre, de la Russie et de la Grèce en particulier en matière du dialogue théologique en cours ?
R. Toutes les Eglises orthodoxes participent à ce dialogue avec leurs délégués. Ce qui prouve encore une fois qu’il s’agit d’une volonté panorthodoxe. L’Église de Chypre, non seulement participe aux opérations, mais elle a accepté de toute gentillesse de recevoir toute la Commission et nous tenons à remercier pour ceci Son Éminence l’archevêque de Chypre Mgr Chrysostome et le Saint Synode de l’Église de Chypre. L’Église de la Russie participe aussi activement, à l’exception de la rencontre de Ravenne d’où elle s’est retirée à cause de la participation de l’Église d’Estonie qu’elle ne reconnait pas officiellement comme autonome. Cette matière a déjà été réglée et nous sommes en attente du rétablissement de sa participation complète. L’Église de Grèce n’a manqué aucune assemblée de la Commission non plus. Tous les textes du dialogue sont le fruit de la contribution de tous les représentants orthodoxes et non pas les textes personnels de qui que ce soit.
Q: Quelle est l’importance de l’assemblée de la Commission mixte internationale à Chypre et quelles sont les matières qu’elle va toucher ?
R: Nous allons reprendre la discussion autour de la primauté du premier millénaire. Quelle était la position de Rome dans l’Église avant le schisme ? C’est une question fondamentale et décisive.
Q: Qu’est-ce qu’il faut faire pour que les orthodoxes aient l’image et l’information correctes sur le parcours de ce dialogue ?
R: Ce qui est nécessaire et qui ne se fait malheureusement pas est que les textes du dialogue soient transmis par les délégués de chaque Église à leurs synodes et après une première évaluation qu’ils soient transmis par la suite au public. Le dialogue n’a absolument rien à cacher comme certains le pensent avec malveillance. Les rumeurs concernant la « signature » de l’union sont ridicules. Premièrement, parce que la Commission du dialogue n’a pas une telle autorité, ce n’est qu’un organe consultatif et, deuxièmement, parce qu’il reste encore tellement de questions à aborder et la voie est très longue. Ils n’ont pas à s’inquiéter alors ces malveillants ! L’union ne va pas être signée à Chypre non plus !
Q: Est-ce qu’on encourt un risque de schisme en Grèce ou dans d’autres Eglises orthodoxes à cause des désaccords envers ce dialogue ?
R: J’espère que non. Mais si cette désinformation et ces mensonges continuent, sur une soi-disant « union » imminente et notre cession éventuelle au pape ( !) le grain de la division trouvera un sol où pousser. La responsabilité de tous ceux qui diffusent ces mensonges est immense.
Q: Quelles sont vos attentes de ce dialogue ?
R: C’est Dieu qui dirige l’histoire. Tous ceux qui proclament que l’union de l’Église est impossible, ils s’approprient le futur des mains de Dieu. Qui sommes-nous pour préjuger du futur ? Nous, nous sommes appelés à travailler sans aucune défaillance envers la foi qui nous a été léguée pour accomplir la prière quotidienne « pour l’union de nous tous ». Si nous ne le faisons pas ou si nous le faisons au détriment de la foi de nos Pères, nous sommes redevables devant Dieu. Mais l’aboutissement final de nos efforts reste dans les mains de Dieu. Il va trouver le moyen pour que Sa volonté règne « que tous soient un » («ίνα πάντες εν ώσι») (Jean 17, 11). Nous, nous sommes obligés d’oeuvrer pour ceci.
Traduit du grec pour Orthodoxie.com
Source : Amen.gr